Réseaux sociaux à Goma : entre opportunités citoyennes et pièges de la désinformation, la jeunesse au cœur du défi numérique

Dans l'est de la République démocratique du Congo, les jeunes Gomatraciens naviguent quotidiennement sur un océan d'informations numériques. Entre outil de mobilisation citoyenne et vecteur de manipulations, les réseaux sociaux redéfinent leur rapport à l'actualité. Témoignages croisés d'acteurs de terrain sur cet usage paradoxal.

Réseaux sociaux à Goma : entre opportunités citoyennes et pièges de la désinformation, la jeunesse au cœur du défi numérique

À Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, les réseaux sociaux sont bien plus qu'un simple divertissement pour la jeunesse. Ils se sont imposés comme un espace incontournable, un véritable double terrain de jeu et de combat où s'entremêlent promesses d'émancipation et risques de manipulation.


Si ces plateformes offrent des opportunités inédites d'apprentissage, de sensibilisation à la paix et de journalisme participatif, elles exposent également les internautes à une désinformation chronique. Dans ce contexte, l'enquête de terrain reste plus que jamais une exigence.


Christian, jeune entrepreneur gomatracien, témoigne : « Les réseaux sociaux ont profondément changé notre façon de vivre l'actualité. Ils nous mettent au cœur des événements, permettent à chacun de prendre la parole et donnent souvent les premières images d'un fait. C'est formidable pour la proximité et la mobilisation. Mais attention, ils peuvent aussi propager très vite des rumeurs ou des messages qui divisent. Nous devons toujours manier ces outils avec beaucoup de responsabilité. »
Gloire, journaliste basé à Goma, confie pour sa part : « Ces plateformes me facilitent énormément le travail. Elles me permettent de repérer des sujets, de trouver des témoins et d'obtenir des informations en temps réel. Parfois, une vidéo publiée par un habitant est le point de départ d'un grand reportage. Mais je reste prudent, car tout ce que l'on voit sur les réseaux n'est pas forcément vrai. Cela m'aide, mais ne m'empêche pas de faire l'enquête. Je vérifie toujours en plusieurs étapes : je recoupe avec d'autres sources, je vérifie si la vidéo correspond bien au lieu et à la date, je contacte les témoins ou les auteurs quand c'est possible, et j'utilise des outils simples comme la recherche d'image inversée. » 


Willy, internaute averti, partage sa propre approche : « Je n'accorde pas ma confiance à toutes les informations qui circulent sur les réseaux sociaux. C'est pourquoi je prends mon temps avant de diffuser une information. L'avantage, c'est que nous avons accès à l'actualité en continu ; le pire, c'est que tout le monde se permet de partager n'importe quelle information, bonne ou mauvaise. »


Il lance un appel à la vigilance : « Les jeunes doivent toujours réfléchir avant de partager. Vérifier les sources, questionner l'origine, et ne pas partager sous le coup de l'émotion. Ils doivent aussi suivre des médias fiables, apprendre quelques outils de vérification, et respecter les personnes concernées en évitant de partager des images sensibles. Les plateformes doivent être utilisées pour créer du positif : raconter des initiatives, signaler des problèmes réels et proposer des solutions. Ces réseaux peuvent devenir une véritable force pour la communauté, si on les utilise avec conscience. »


Dans une région où la désinformation s'invite dans le quotidien, il devient indispensable de repenser notre rapport à l'information. Cette réalité impose une véritable éducation aux médias et au numérique.

À travers ce message, les médias traditionnels sont appelés à renforcer leur réactivité, leur énergie et leur capacité à informer en temps réel. L'enjeu est clair : permettre aux jeunes Gomatraciens d'apprendre, de développer leur esprit critique, et de faire face aux défis complexes de leur environnement.


Par Véronique SHAMBA