RDC : Fiston Mahamba plaide pour une option de négociation face aux violences des ADF
Après plus d’une décennie de couverture des conflits dans les régions de Beni et d’Irumu, le journaliste Fiston Mahamba appelle à repenser l’approche sécuritaire face aux Allied Democratic Forces (ADF). S’il reconnaît l’importance de l’action militaire, il estime qu’elle ne saurait, à elle seule, mettre fin aux violences persistantes dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Actif depuis les années 1990 dans cette partie du pays, le groupe ADF affilié à la branche Afrique centrale de l’organisation État islamique est particulièrement présent dans les territoires de Beni (Nord-Kivu) et d’Irumu (Ituri). Il est tenu pour responsable de nombreuses attaques meurtrières ayant fait, selon des estimations locales, plusieurs milliers de victimes civiles, ainsi que des pertes au sein des forces de sécurité et des casques bleus de la MONUSCO.
Face à cette situation, Fiston Mahamba estime nécessaire d’élargir la stratégie actuelle.
« On ne peut pas éradiquer une idéologie enracinée depuis plus de trente ans uniquement par les armes », analyse-t-il, reprenant une conviction qu’il défend depuis plusieurs années.
Selon lui, une partie des combattants ADF ne serait pas animée par une adhésion idéologique profonde. Certains auraient été enrôlés de force ou attirés par de fausses promesses. Dans ce contexte, l’ouverture de canaux de négociation formels ou informels pourrait favoriser les défections et affaiblir progressivement le groupe.
Le journaliste cite notamment l’expérience de la Bridgeway Foundation, engagée dans des initiatives visant à encourager les redditions. D’après les données de cette organisation, plusieurs anciens combattants auraient déjà été réintégrés dans leurs communautés grâce à des programmes de déradicalisation et de suivi.
Fiston Mahamba rappelle également avoir proposé, dès 2020, un mécanisme de défense communautaire pour appuyer les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), afin de pallier le déficit de déploiement dans certaines zones sensibles. Aujourd’hui, il préconise une approche combinée : maintenir la pression militaire tout en ouvrant des perspectives de sortie pour les éléments désengagés.
Il évoque par ailleurs l’existence passée d’un dispositif de liaison avec les ADF au sein de la présidence congolaise, suggérant la possibilité de réactiver ce levier dans une logique stratégique.
Pour le journaliste, engager une dynamique de négociation ne reviendrait pas à céder, mais à adapter les outils de réponse à la complexité du conflit. L’objectif, souligne-t-il, serait de réduire les capacités opérationnelles du groupe en favorisant les redditions, tout en poursuivant les opérations contre les factions les plus radicales.
Dans un contexte marqué par des décennies d’instabilité, cette prise de position relance le débat sur la nécessité d’un nouveau paradigme sécuritaire pour l’Est de la RDC.
Victoir Muhindo
Redaction