Kasindi-Lubiriha : les personnes vivant avec handicap réinventent l’économie transfrontalière à vélo

​​​​​​​À la frontière de Kasindi-Lubiriha, dans le territoire de Beni, les personnes vivant avec handicap (PVH) s’imposent désormais comme des acteurs clés du commerce entre la RDC et l’Ouganda. Grâce à l’usage de vélos adaptés, elles ont transformé une situation de marginalisation en opportunité économique, contribuant à la fois à leur autonomie et à une dynamique locale d’inclusion sociale.

Kasindi-Lubiriha : les personnes vivant avec handicap réinventent l’économie transfrontalière à vélo

Au poste frontalier de Kasindi-Lubiriha, dans le territoire de Beni, le décor habituel fait de camions et de voyageurs pressés laisse désormais place à une scène plus inattendue. Dans cet espace stratégique du Grand Nord-Kivu, des personnes vivant avec handicap (PVH) ont su redéfinir leur rôle en devenant des acteurs incontournables du commerce transfrontalier entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda.

Longtemps perçu comme un espace d’exclusion pour cette catégorie sociale, le poste de Kasindi s’est progressivement transformé en un véritable levier d’autonomisation. Équipés de vélos modifiés ou de tricycles robustes, ces hommes et ces femmes assurent aujourd’hui le transport et la manutention de marchandises, s’inscrivant pleinement dans les circuits économiques locaux.

Pour Kisa Bwira La Fontaine, haut cadre de la plateforme de l’Union des associations des personnes vivant avec handicap, cette évolution dépasse le simple cadre du transport : « Ici, nous faisons le trafic transfrontalier en facilitant les activités d’importation des marchandises à l’aide de nos vélos entre la RDC et l’Ouganda, tout en assurant la manutention. »

Cette activité exige bien plus qu’un effort physique. Elle mobilise des compétences en organisation logistique, une bonne connaissance des prix du marché ainsi qu’une maîtrise des procédures douanières simplifiées.

Mais au-delà de l’aspect économique, c’est une véritable transformation sociale qui s’opère. Pendant longtemps, les PVH de la région ont été confrontées à la stigmatisation et à l’exclusion, souvent réduites à des rôles passifs. Aujourd’hui, elles revendiquent leur autonomie et leur dignité.

Mumbere Kabitula témoigne de ce changement de paradigme : « Nous avons déjà pris la décision de nous séparer de la mendicité. Auparavant, nous étions méprisés, considérés comme de simples gardiens de parcelles familiales. »

Désormais, ces acteurs économiques ne sollicitent plus l’aumône : ils facturent leurs services. Cette transition de la dépendance à l’autonomie a profondément modifié les perceptions sociales, leur permettant de regagner le respect de leurs familles et de la communauté.

L’un des aspects les plus marquants de cette dynamique reste la collaboration entre personnes valides et vivant avec handicap. À Kasindi, un modèle de commerce solidaire s’est installé. Des jeunes valides sont recrutés pour prêter main-forte, notamment dans les zones difficiles d’accès.

Un jeune collaborateur explique : « Je transporte des personnes vivant avec handicap depuis l’Ouganda jusqu’ici en RDC, et elles me paient. Je suis fier de travailler avec elles. »

Ce renversement des rôles illustre une évolution significative : les PVH ne sont plus uniquement bénéficiaires d’aide, elles deviennent créatrices d’emplois, favorisant une cohabitation harmonieuse et une reconnaissance mutuelle des compétences.

Malgré ces avancées, plusieurs défis persistent. L’état des routes, l’usure des équipements et la pression des taxes douanières constituent des contraintes importantes. Les organisations locales et la société civile plaident pour un accompagnement renforcé, notamment à travers l’amélioration des infrastructures et un meilleur accès au microcrédit afin de moderniser les outils de travail.

À travers leurs vélos, les personnes vivant avec handicap de Kasindi-Lubiriha transportent bien plus que des marchandises. Elles portent un message fort d’inclusion, de dignité et de résilience, démontrant que les barrières, qu’elles soient physiques ou sociales, peuvent être surmontées par l’ingéniosité et la détermination.

Il convient de préciser que cet article a été réalisé dans le cadre du projet mené par l’Union Nationale de la Presse du Congo (UNPC), section Nord-Kivu, avec l’appui de la Direction du développement et de la coopération (DDC) de la Suisse.

Rédaction