RDC : Un pays riche, des poches vides - Au cœur du combat quotidien des familles à l’Est
La République Démocratique du Congo est un paradoxe vivant. Un pays regorgeant de richesses naturelles, mais où l’immense majorité de la population peine à se nourrir, se soigner, ou simplement vivre dignement. À l’Est du pays, dans les provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri, cette réalité prend une tournure encore plus dramatique.
Face à l’abondance des ressources, la pauvreté comme quotidien
La République Démocratique du Congo est un paradoxe vivant. Un pays regorgeant de richesses naturelles, mais où l’immense majorité de la population peine à se nourrir, se soigner, ou simplement vivre dignement. À l’Est du pays, dans les provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri, cette réalité prend une tournure encore plus dramatique.
Entre violences armées, inflation galopante et chômage chronique, les familles doivent chaque jour réinventer l’art de la survie. Autrefois modeste mais suffisant, le panier du ménage est devenu hors de portée pour des millions de foyers.
Une croissance qui ne remplit pas les assiettes
Le gouvernement congolais affiche une croissance économique de 6% en 2025. Pourtant, cette embellie statistique ne se traduit pas dans les marchés, les cuisines ou les poches des citoyens.
Selon la Banque Centrale du Congo, l’inflation dépasse aujourd’hui 24%, tirée vers le haut par une dépendance excessive aux importations et la dévaluation du franc congolais.
« On nous parle de croissance, mais moi je paie 6.000 francs pour un litre d’huile. Il y a trois mois, c’était 4.000. Où est cette croissance ? », se demande Mme Julienne, vendeuse des souliers au marché de Cadeco à Goma.
L’insécurité, un frein mortel à l’économie locale
À l’Est, la guerre continue de tuer à petit feu. Elle détruit les routes, paralyse les champs, coupe les flux commerciaux. La peur dicte le rythme de vie.
« J’ai cultivé à Beni pendant 15 ans. Aujourd’hui, je n’ose plus aller au champ. Les ADF rôdent. J’achète le maïs que je produisais moi-même. C’est humiliant. », confie M. Bashimbe, agriculteur déplacé, désormais installé à Oicha.
Les produits agricoles locaux se raréfient, les prix flambent, et les marchés deviennent inaccessibles même pour des produits de base.
Un panier de plus en plus vide
Une étude de l’Université de Goma révèle qu’en moins de deux ans, le coût d’un panier alimentaire hebdomadaire pour une famille de 5 personnes est passé de 48.000 à 72.500 francs congolais. Ce panier comprend pourtant des produits simples : manioc, riz, huile, savon, poisson sec, sel…
« Avant, on mangeait deux fois par jour. Maintenant, c’est une fois… et parfois rien du tout. », raconte Mme Mwasi, mère de six enfants, installée à virunga.
Avec des revenus qui stagnent ou s’effondrent, beaucoup de ménages se replient sur des moyens de survie : petits commerces informels, troc, entraide familiale ou transferts venus de l’étranger.
Une crise structurelle, selon les experts
Pour Mrs Guillain Kibekenge, économiste à l’institut supérieur d’informatique et de gestion à Goma, la solution dépasse les rustines conjoncturelles.
« Tant que l’Est reste entre les mains des groupes armés, les routes agricoles resteront bloquées, la monnaie restera faible, et les produits seront rares. Il nous faut une pacification inclusive et un véritable plan Marshall pour reconstruire l’économie locale. »
Il est temps de compter sur nous-mêmes
Alors que les programmes d’urgence du gouvernement, comme la subvention des produits de première nécessité, tardent à montrer des résultats concrets, la société civile s’organise.
« Nous n’attendons plus grand-chose de Kinshasa. Il est temps de nous prendre en charge. Nous voulons nos banques communautaires, nos marchés sécurisés, notre souveraineté économique locale. », affirme avec détermination Sonny Mulume, activiste des droits de l’homme à Goma.
Entre douleur et dignité
La situation économique de la RDC est inquiétante. Mais à l’Est, elle devient insoutenable. Le panier du ménage est devenu le thermomètre de la misère. Il reflète une injustice criante dans un pays pourtant riche. Riche en ressources, mais pauvre en stabilité, en justice et en redistribution.
L’heure n’est plus aux discours. L’action est urgente, conjointe, coordonnée. Elle doit venir de l’État, mais aussi des communautés locales et des partenaires internationaux sincères. Car ici, à l’Est, on ne réclame pas le luxe. On réclame la dignité de vivre.
Par Yassin Ndaye