Championnat interuniversitaire de Beni : quand le football tisse du lien social au-delà des amphithéâtres
Et si le football était bien plus qu'un simple jeu ? À Beni, dans la province du Nord-Kivu, le championnat interuniversitaire est devenu un véritable laboratoire de paix sociale. Étudiants de différentes institutions supérieures et universitaires s'y retrouvent chaque semaine non pas pour s'affronter, mais pour apprendre à se connaître, à se respecter et à construire ensemble une culture de la fraternité. Loin des clivages, ce rendez-vous sportif prouve que le terrain peut être aussi formateur que les bancs de la faculté.
Dans une région marquée par des décennies de crise sécuritaire, l'idée même de « vivre ensemble » peut sembler fragile. Pourtant, à Beni, une génération d'étudiants a choisi le terrain de football comme espace de réconciliation silencieuse mais efficace. Le championnat interuniversitaire, qui se déroule actuellement au stade de Kimbangu, rassemble des jeunes issus de plusieurs établissements d'enseignement supérieur autour d'une même passion.
Un cadre d'échange et de fraternité
Pour Paluku Esaïe, coordinateur de la représentation des étudiants (REC section Beni), cette compétition dépasse largement le cadre sportif :
« Effectivement oui, nous pensons que le championnat interuniversitaire joue un grand rôle dans le rapprochement des étudiants de Beni parce qu'il crée un cadre de rencontre, d'échange et de fraternité entre les jeunes de différentes institutions. À travers le sport, les étudiants apprennent à se connaître, à travailler ensemble, à respecter leurs différences et à développer l'esprit de solidarité et de paix. »
Ce constat est partagé par de nombreux participants. Là où les discours peinent parfois à convaincre, le football agit directement sur les comportements. Être coéquipier ou adversaire sur le terrain, c'est déjà apprendre à gérer ses émotions, à accepter l'autre dans sa différence, et à célébrer ensemble une même passion.

Le fair-play comme règle d'or
Mais comment s'assurer que cette compétition reste un connecteur et non un diviseur ? La réponse vient de Swabbri Kendakenda, ministre des sports de la structure organisatrice :
« Pour que le championnat demeure un vecteur de cohabitation pacifique et sociale, nous nous rassurons de faire la promotion du fair-play et du respect mutuel, de la discipline et de l'unité entre étudiantes et étudiants, et surtout d'une bonne organisation. Nous remercions tous les joueurs pour le bon comportement qu'ils affichent durant les différentes rencontres. »
Cette attention permanente aux valeurs sportives transforme chaque match en leçon de vie. Les arbitres, les encadreurs et les joueurs eux-mêmes veillent à ce que l'esprit de compétition ne bascule jamais dans l'affrontement. Résultat : aucune violence majeure n'a été signalée depuis le lancement de ce championnat.
Quand le sport devient ciment social
Au-delà du simple loisir, ce championnat remplit une fonction sociale essentielle dans une ville comme Beni. Il offre aux jeunes un espace d'expression positive, loin des tensions communautaires ou politiques. Il crée des ponts entre des institutions qui, sans cela, évolueraient parfois en silos.
Les échanges entre étudiants de différentes universités se prolongent souvent en dehors du stade : entraides pour les révisions, partage d'informations, voire collaborations professionnelles naissantes. Le football devient ainsi un catalyseur de réseaux sociaux durables.
Un modèle à encourager
Face à ce succès, plusieurs voix s'élèvent pour demander un meilleur soutien aux organisateurs. Matériel sportif, encadrement technique, reconnaissance officielle… les besoins existent. Mais l'essentiel est déjà là : une jeunesse qui a choisi la paix, le respect et la fraternité comme mots d'ordre.
Alors que le championnat interuniversitaire de Beni se poursuit au stade de Kimbangu, il continue de montrer son importance au sein de la crème intellectuelle de la ville. Une preuve que le sport, bien utilisé, peut devenir l'un des meilleurs outils de cohésion sociale.