Grands Lacs : le rapport de RSF alerte sur les menaces persistantes contre la liberté de la presse
Dans son rapport publié le 26 mars, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) dresse un tableau préoccupant de la liberté de la presse dans la région des Grands Lacs. Entre pressions politiques, menaces sécuritaires et restrictions numériques, les journalistes continuent d’exercer leur métier dans un environnement marqué par de nombreuses contraintes.
Informer demeure une activité à haut risque dans la région des Grands Lacs. Dans son dernier rapport rendu public le 26 mars, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) dresse un état des lieux préoccupant des conditions d’exercice du journalisme dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est et centrale.
Selon cette analyse, malgré des contextes politiques différents d’un pays à l’autre, la tendance générale reste marquée par un rétrécissement progressif de l’espace médiatique. Pressions judiciaires, intimidations physiques et surveillance numérique figurent parmi les obstacles régulièrement rencontrés par les professionnels de l’information.
En République démocratique du Congo, l’accession de Félix Tshisekedi au pouvoir en 2019 avait suscité l’espoir d’un renforcement du rôle de la presse. Si une nouvelle loi sur la presse a été adoptée depuis, RSF estime que la situation reste contrastée sur le terrain.
L’insécurité persistante dans l’Est du pays constitue notamment un facteur aggravant. Dans certaines zones placées sous état de siège ou affectées par les affrontements armés, des interpellations de journalistes ont été signalées. Pour l’organisation, ces conditions fragilisent l’exercice du journalisme et exposent davantage les médias aux pressions des appareils sécuritaires.
Au Rwanda, le rapport évoque un environnement médiatique fortement contrôlé. Bien que le pays soit souvent cité pour sa stabilité, RSF souligne que les voix critiques y disposent de peu d’espace d’expression.
En Ouganda, le président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, est également pointé du doigt pour les restrictions imposées aux médias indépendants. Parmi les pratiques relevées figurent des coupures d’Internet ciblées et des interventions policières visant des journalistes ou des organes de presse.
Le Burundi n’échappe pas non plus à cette tendance. Malgré un discours initial d’ouverture sous la présidence d’Évariste Ndayishimiye, RSF estime que plusieurs mécanismes hérités de la période précédente continuent d’influencer l’environnement médiatique, notamment à travers l’usage de la justice contre certaines rédactions.
Au Kenya, considéré comme l’un des environnements médiatiques les plus ouverts de la région, les inquiétudes portent surtout sur les violences observées lors de certaines manifestations, qui ont également affecté des journalistes couvrant ces événements.
En Tanzanie, la présidente Samia Suluhu Hassan est créditée d’un certain assouplissement après la période de forte restriction sous John Magufuli. Toutefois, plusieurs lois jugées restrictives demeurent en vigueur et peuvent encore être utilisées pour suspendre ou sanctionner des médias.
Le rapport attire aussi l’attention sur l’impact des groupes armés dans l’Est de la RDC. Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le mouvement rebelle AFC-M23 est cité comme un acteur contribuant à la détérioration de l’environnement médiatique. Selon RSF, les rebelles imposent parfois leur propre narration dans les zones sous leur contrôle et s’en prennent à certaines radios locales, créant un vide informationnel dans des territoires déjà fragilisés.
Pour l’organisation, ces différentes réalités rappellent que le développement démocratique et économique de la région reste étroitement lié au respect de la liberté d’expression et à la protection des journalistes.
Victoire Muhindo
Redaction