Goma : des jeunes diplômés à l'alcool, des parents à la rue, le scandale du chômage silencieux

​​​​​​​Face au manque criant d'opportunités à Goma, les jeunes du quartier Murara survivent grâce à de petits commerces ou se débrouillent par d'autres moyens. Entre résilience au quotidien, tentation de l'alcool et appel à l'aide aux autorités, plongée dans une jeunesse abandonnée à elle-même.

Goma : des jeunes diplômés à l'alcool, des parents à la rue, le scandale du chômage silencieux

Dans les rues animées de Goma, trouver un emploi relève d'un véritable parcours du combattant. Face à cette pénurie de travail, de nombreux jeunes se tournent vers la débrouillardise : petits métiers de l'artisanat, travaux de rue, ou pour certains, malheureusement, la mendicité par découragement ou paresse. Cette économie de survie, bien qu'éprouvante, permet à beaucoup de jeunes de subvenir à leurs besoins en attendant que la situation s'améliore.

Pour comprendre leur quotidien, nous sommes allés à la rencontre de ces jeunes.

« Je faisais un job à l'aéroport. Malheureusement, la guerre a tout bouleversé. Maintenant, je n'ai pas de travail et je manque d'une personne qui pourrait m'engager pour que je dépende de moi-même. En attendant, je suis chez mes parents sans emploi. J'ai mal de savoir que je ne pourrai pas aider mes parents, surtout qu'ils ont d'autres charges comme la scolarité de mes petits frères et sœurs. Je demande juste aux autorités de voir comment elles pourraient créer ne serait-ce que des services journaliers qui nous faciliteront la tâche pour nos besoins quotidiens », a signalé Kasereka, un jeune de 35 ans.

Cette vie misérable pousse les jeunes à faire l'impossible pour survivre.

« Je suis un jeune diplômé. J'ai toujours voulu avoir un job, mais rien ne marche de mon côté. Pour ne pas supporter les insultes de mes parents, je préfère passer ma journée à boire de l'alcool et à me détendre un peu pour diminuer le stress. Les autorités doivent voir comment nous occuper en cette période difficile, jusqu'à ce que la situation redevienne comme avant et que tout se passe bien », a souligné Charles, un jeune âgé de 28 ans.

Pour accompagner la jeunesse, nous avons également recueilli l'avis du chef de quartier.

« Nous nous efforçons d'accompagner les jeunes malgré notre situation financière. Il y a ceux qui comprennent facilement, d'autres préfèrent aller vagabonder et ne veulent pas travailler. Ils pensent que les boissons fortement alcoolisées pourront les aider à se déstresser, au lieu de prendre conscience et d'aller de l'avant », a-t-il confié.

Néanmoins, cette résilience ne saurait remplacer des politiques publiques durables. L'espoir d'un avenir meilleur repose sur une synergie entre l'engagement des jeunes et des actions concrètes des autorités locales pour créer des emplois stables.

Par Véronique Shamba