Goma : la hausse des frais de retrait d'argent, de 3,5 % à 4 %, étrangle les habitants

À Goma, la crise économique se lit désormais au moment du retrait d'argent. Depuis plusieurs mois, les agents des cabines de transfert appliquent des commissions allant de 3,5 % à 4 % sur chaque opération, alors que le gouvernement était parvenu à faire baisser ces frais à 3,5 %. Dans une ville déjà éprouvée par l'insécurité et la fermeture des banques, les habitants se sentent abandonnés et contraints de négocier chaque retrait. Entre silence des autorités, instabilité du taux de change et fermeture des frontières, les consommateurs gomatraciens paient un lourd tribut.

Goma : la hausse des frais de retrait d'argent, de 3,5 % à 4 %, étrangle les habitants

Une hausse silencieuse mais bien réelle

À Goma, la vie chère ne se limite plus au prix du pain ou du carburant. Elle s'invite désormais au guichet des cabines de transfert d'argent. Depuis plusieurs mois, les agents de mobile money appliquent des commissions comprises entre 3,5 % et 4 % pour chaque retrait, ajoutant une charge supplémentaire à des ménages déjà exsangues.

Pourtant, le gouvernement avait réussi à imposer un taux de 3,5 % pour les frais de retrait, en lieu et place des 5 % pratiqués auparavant. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Aujourd'hui, face à une grave pénurie de liquidités et à l'instabilité du marché parallèle, les agents des cabines se voient contraints d'ajuster leurs propres tarifs.

Un agent témoigne : « Nous aussi, nous risquons de perdre »

Interrogé sur cette hausse, un agent de transaction de mobile money s'explique : « Vous même vous savez la situation que l'on traverse en ce moment. Mais tout le monde nous accuse de tricher parce que nos clients ne connaissent pas ce qui se passe pour avoir du cash. Avant, c'était tellement facile avec les banques. Aujourd'hui, c'est difficile à cause de la fermeture des banques et de l'instabilité du taux de change. Le taux du réseau est à 2250 FC, mais quand nous voulons acheter du cash, le taux est différent. Nous sommes obligés de hausser le pourcentage pour ne pas perdre non plus. »

Un témoignage qui révèle l'absence de cadre clair entre le taux officiel, le taux du réseau et la réalité du marché informel.

Consommateurs abandonnés : « On se sent seuls »

Face à cette situation, les habitants de Goma dénoncent un sentiment d'abandon. Parmi eux, Baraka Elakana, étudiant, raconte son calvaire :

« Moi, je me demande toujours : qui contrôle ce mouvement des transactions et ces histoires de pourcentage pour retirer son propre argent ? Personne. Les agents des cabines font ce qu'ils veulent sous nos yeux. Si tu refuses de payer les 4 %, on te dit gentiment d'aller chercher une autre cabine, sachant que tout le quartier applique le même tarif. On se sent abandonnés. Déjà qu'avec la guerre et la crise, la vie est intenable. Mais je suis obligé d'effectuer le retrait parce que j'ai besoin de l'argent. Je suis étudiant, seul, et quand on m'envoie de l'argent pour payer mes frais académiques, cela me perturbe. J'en appelle au moins au gouvernement pour qu'il s'implique dans cette situation. »

Fermeture des frontières et instabilité du taux de change

Plusieurs journalistes locaux affirment que cette hausse n'est ni de la volonté des agents, ni une décision gouvernementale, mais qu'elle dépend essentiellement du « taux d'échange virtuel en cash ». En clair, la rareté des billets physiques et l'absence de liquidités dans les banques obligent les opérateurs à s'approvisionner sur un marché parallèle aux taux fluctuants.

Par ailleurs, la fermeture des barrières entre la RDC et les pays voisins aggrave la situation. Les commerçants, privés de flux transfrontaliers, se retrouvent également bloqués, accentuant la pression sur les rares liquidités disponibles.

Silence des autorités et appel à l'action

Malgré le caractère généralisé et visible de cette hausse, aucune réaction officielle n'a été enregistrée du côté des autorités provinciales ou nationales. Les consommateurs gomatraciens restent seuls face à une situation qu'ils jugent injuste et opaque.

Face à cette détresse, nombreux appellent les autorités à : encadrer strictement les frais de retrait sur l'ensemble du territoire ; rouvrir les guichets bancaires dans les zones affectées par la crise sécuritaire ; et stabiliser le taux de change pour éviter les abus liés au marché parallèle.

En attendant, les habitants négocient au quotidien

À Goma, chaque retrait devient une épreuve. Les habitants, surtout les plus vulnérables (étudiants, petits commerçants, mamans), doivent désormais prévoir un « surplus » invisible pour accéder à leur propre argent. Une aberration économique qui, si rien ne change, risque d'enfoncer un peu plus une région déjà meurtrie par la guerre et l'insécurité.

Nguvumali Mercy