Paix dans les Grands Lacs : les fidèles de la Tariqa Khatimiya lancent un appel financier au Cheikh Serigne Fallou Mbacke pour sensibiliser les communautés

​​​​​​​Alors que l'Est de la République démocratique du Congo reste ensanglanté par des décennies de conflits armés, de déplacements massifs et de méfiance intercommunautaire, une initiative religieuse originale voit le jour. Les murid (disciples) de la confrérie soufie Tariqa Khatimiya, implantée dans la région des Grands Lacs, ont officiellement sollicité l'aide financière de leur Cheikh responsable. Leur objectif : financer un vaste projet de sensibilisation à la paix et à la réconciliation destiné aux populations locales, en utilisant le capital de confiance des réseaux confrériques pour panser les blessures d'une région martyre.

Paix dans les Grands Lacs : les fidèles de la Tariqa Khatimiya lancent un appel financier au Cheikh Serigne Fallou Mbacke pour sensibiliser les communautés

« La guerre a détruit nos familles, pas nos âmes », confient plusieurs murid de la Tariqa Khatimiya rencontrés dans un quartier populaire de Goma. Ces fidèles, issus de différentes entités des provinces de l'Est de la RDC, ont récemment adressé une requête officielle au Cheikh Serigne Fallou Mbacke, responsable de leur confrérie pour les Grands Lacs, sollicitant un financement destiné à la mise en place d'un projet inédit : une campagne de sensibilisation itinérante sur la paix et la réconciliation.

« Aujourd'hui, les gens ne se méfient pas seulement des armes, ils se méfient de leur voisin. Un projet de sensibilisation porté par la confrérie peut toucher des cœurs que les ONG occidentales n'atteignent plus », explique Cheihk Mouhamad Ali, l'un d'eux.

Depuis plus de vingt ans, les territoires du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l'Ituri subissent les violences récurrentes des groupes armés, ainsi que les conflits fonciers et les déplacements massifs.

La cohabitation entre communautés Hutu, Tutsi, Nande, Hema, Lendu, Pygmées reste extrêmement fragile. C'est dans ce contexte que les disciples de la Tariqa Khatimiya proposent d'utiliser les réseaux religieux pour recréer du lien.

« La sensibilisation par le spirituel, c'est la clé. Quand un chef religieux parle, on l'écoute différemment d'un agent d'une ONG internationale », témoigne un habitant de Beni, qui a perdu deux frères dans un massacre.

Le projet sollicité prévoit des caravanes de sensibilisation dans les zones rurales et périurbaines, des séances de dialogue communautaire animées par des imams formés à la médiation, des causeries radiophoniques en swahili, lingala et kinyarwanda, ainsi que des ateliers de réconciliation entre jeunes issus de groupes armés rivaux.

« Nous ne demandons pas de fusils. Nous demandons des outils pour parler, pour convaincre, pour réconcilier. Le Cheikh Serigne Fallou Mbacke peut avoir les moyens de nous aider. S'il dit oui, ce sera un signal fort : la religion ne dort pas pendant la guerre », insiste Mumbere Darwesh Cheihk de Goma.

Les cycles de violences se répètent, et les initiatives de paix peinent à s'ancrer durablement. « Si nous n'apprenons pas à nos enfants à ne pas haïr leur voisin d'une autre ethnie, les armes reviendront toujours. Ce projet est une graine. Nous demandons juste au Cheikh de l'arroser », concluent les murid.

Alors que la communauté internationale peine à imposer une paix durable dans les Grands Lacs, cette demande venue de la base religieuse pourrait bien ouvrir une piste longtemps négligée : celle de la réconciliation par la foi.

Rédaction