Goma : espacer les naissances, entre choix personnel et poids des tabous

À Goma, l’espacement des naissances reste une question sensible, à la croisée de la santé, des réalités économiques, des convictions religieuses et des normes sociales. À l’occasion de la Journée mondiale de la contraception, le 26 septembre, et de la Journée internationale de l’avortement sécurisé, le 28 septembre, plusieurs témoignages mettent en lumière les difficultés rencontrées par les femmes lorsqu’elles souhaitent maîtriser leur calendrier de maternité.

Goma : espacer les naissances, entre choix personnel et poids des tabous

Dans une maison populaire de Goma, une mère de famille raconte les grossesses rapprochées, les dépenses scolaires et la fatigue physique qui accompagnent son quotidien. Elle dit également avoir du mal à discuter de contraception avec son mari. « Chez nous ici à Goma, la vie d’une femme n’est pas entre ses mains », confie-t-elle.

Selon elle, dans son environnement, limiter les naissances peut être perçu comme un refus de la bénédiction divine ou comme un manque de respect envers le conjoint.

Entre santé, maternité et avenir

Pour un médecin interrogé à Goma, la contraception peut permettre d’éviter une grossesse lorsque la femme n’est pas préparée « mentalement, moralement et financièrement ». Il souligne également l’importance de l’espacement des grossesses dans certaines situations médicales, notamment après des complications obstétricales.

Chez les jeunes femmes, la question touche aussi aux études et aux projets d’avenir. Une étudiante rencontrée à Goma considère la contraception comme un moyen de terminer ses études, de travailler et de construire progressivement sa vie avant d’assumer une maternité.

Les données nationales montrent toutefois les difficultés d’accès. Selon l’EDS 2023-2024, 32 % des femmes de 15 à 49 ans en RDC ont un besoin non satisfait en planification familiale, tandis que le taux de prévalence contraceptive moderne chez les femmes en union est estimé à 10,9 %.

Quand la religion entre dans le débat

À Goma, les convictions religieuses occupent également une place dans les discussions sur la planification familiale.

Un imam interrogé estime que l’islam accorde une importance à la santé de la mère et de l’enfant ainsi qu’à l’espacement des naissances. Il s’appuie notamment sur la période d’allaitement de deux ans mentionnés dans le Coran.

Il considère toutefois que la procréation demeure une bénédiction et que la contraception ne devrait pas conduire à renoncer définitivement à avoir des enfants. Concernant l’avortement, il estime que l’interruption volontaire d’une grossesse n’est pas acceptable selon son interprétation religieuse.

Cette position appartient à l’interlocuteur interrogé et ne prétend pas représenter l’ensemble des musulmans de Goma ou de la RDC.

Le risque des pratiques non sécurisées

Lorsque la contraception n’est pas accessible ou acceptée, certaines grossesses non planifiées peuvent conduire à des avortements pratiqués dans des conditions dangereuses.

L’Organisation mondiale de la Santé estime que près de 45 % des avortements dans le monde sont non sécurisés. Le médecin interrogé à Goma cite, parmi les complications possibles de pratiques dangereuses, les hémorragies, les infections, les perforations utérines, la péritonite et l’infertilité secondaire.

« La patiente peut aussi mourir avec une péritonite si elle n’a pas les soins appropriés le plus tôt possible », explique-t-il.

Le droit face aux réalités du terrain

La RDC a adhéré au Protocole de Maputo, qui prévoit notamment l’accès à l’avortement médicalisé dans certaines circonstances. La législation congolaise reconnaît également le droit des conjoints de discuter du nombre d’enfants et de l’espacement des naissances.

Mais l’existence de dispositions légales ne garantit pas automatiquement leur accès effectif. Les difficultés économiques, les normes sociales et les obstacles liés aux services de santé peuvent encore compliquer les choix reproductifs.

Dans les familles, le dialogue constitue également un enjeu. Un parent interrogé reconnaît que parler de sexualité avec les adolescents reste difficile. Il estime néanmoins que le silence peut laisser les jeunes chercher des réponses auprès de leurs amis ou sur les réseaux sociaux.

Pour lui, « il vaut mieux qu’ils puissent aussi compter sur leurs parents pour obtenir des réponses fiables ».

Informer pour mieux décider

Une jeune étudiante résume sa position en ces termes : « Accéder à des méthodes contraceptives ne relève pas du refus de la maternité, mais de la responsabilité et de la protection. »

De son côté, l’association Action pour les Droits Solidaires appelle à renforcer l’information, la disponibilité des contraceptifs dans les structures de santé et l’implication des leaders communautaires dans les questions de santé sexuelle et reproductive.

À Goma, les témoignages recueillis montrent ainsi que l’espacement des naissances ne relève pas uniquement d’un choix médical. Il se trouve au croisement des réalités familiales, économiques, éducatives et religieuses. Pour les femmes comme pour les familles, l’enjeu reste aussi celui de disposer d’informations fiables et de pouvoir prendre des décisions concernant leur avenir reproductif.

Marasi Bénédicte Zoé